Face aux bouleversements profonds que l’intelligence artificielle impose au marché du travail, une question centrale s’impose : comment préparer les futurs dirigeants à ces transformations majeures ? Éléments de réponse avec Philippe Aghion, prix Nobel d’économie et titulaire de la chaire Kurt Björklund en innovation et croissance à l’INSEAD, lors d’une conférence de presse organisée à Paris le vendredi 16 janvier.
L’intelligence artificielle recèle un potentiel considérable de croissance, tout en entraînant la disparition de certains métiers et l’émergence de nouvelles compétences. Selon Philippe Aghion, l’IA pourrait générer une hausse de croissance « très forte », estimée à 0,7 point supplémentaire par an sur une décennie, grâce à l’automatisation des biens et services. Une estimation qui n’inclut pas encore l’automatisation de la production d’idées, appelée à stimuler fortement l’innovation.
Si de nombreux métiers sont amenés à évoluer, voire à disparaître, l’économiste souligne que les entreprises les plus innovantes, intégrant l’IA, seront aussi celles qui créeront le plus d’emplois, l’IA leur permettant d’accroître significativement leur productivité.
Un rôle clé pour les pouvoirs publics
Cette transformation d’ampleur nécessite toutefois l’intervention des pouvoirs publics. Philippe Aghion plaide pour des politiques favorisant la concurrence, l’open source et le partage des données, ainsi qu’une meilleure organisation du marché du travail. Il cite en exemple le modèle danois de flexisécurité, où la perte d’emploi est compensée par un accompagnement renforcé : maintien de 90 % des revenus pendant deux ans et accès à la formation continue. Un système qui repose, selon lui, sur un socle éducatif solide, indispensable pour faciliter les transitions professionnelles.
Former des dirigeants « progressistes »
Dans ce nouveau contexte, le rôle des dirigeants d’entreprise notamment ceux formés à l’INSEAD devient déterminant. Leur mission : accompagner les mutations technologiques tout en développant des organisations plaçant l’humain au centre. Philippe Aghion appelle ainsi à former des entrepreneurs « progressistes », capables de concilier performance économique et bien-être au travail.
Une pédagogie à réinventer
Pour Francesco Veloso, doyen de l’INSEAD, cette ambition passe par une transformation profonde des méthodes pédagogiques. L’intégration de l’IA dans les formations devient incontournable : travail en équipe avec des agents IA, études de cas enrichies par des simulations d’échanges avec des entrepreneurs, ou encore réflexion sur la création d’entreprises « AI natives ».
Afin d’anticiper ces évolutions, l’INSEAD a lancé en 2025 l’Institute for Human and Machine Intelligence (HUMII). Cet institut de recherche et d’enseignement explore la complémentarité entre intelligence humaine et artificielle. Il vient récemment de bénéficier d’un don de 15 millions d’euros de la part d’un ancien élève, confirmant l’importance stratégique de ces enjeux.
